Russie-Finlande – Escapade norvegienne

NORVEGE

Nous profitons d’un break en Norvège, moins éprouvant que sur les pistes russes, nous l’espérons. Nous n’échappons pas aux dures lois de la nature qui dictent nos choix et boudons donc volontairement la Laponie et ses forêts pour l’instant, avant de revenir en Finlande pour poursuivre notre raid au fil des traces 4×4. Intermède de plaisance sur la côte nord découpée en chapelets de presqu’îles dentelées bordant les mers de Barence et du Nord. Au-delà du cercle arctique, nous partons à la conquête des Vikings sur les terres des Samis. Le contraste avec la Russie est flagrant à tout niveau ; état des routes, ambiance touristique avec ses hordes de camping-cars, coût de la vie sextuplé (aussi cher que la Suisse, voire plus), autre qualité de vie; mais une constante nous réjouit, gentillesse, tranquillité, sécurité, espaces naturels à perte de vue, caprices de la météo qui flirtent entre « chaud-froid-torride-pluvieux » …

Ce Nord-est norvégien est enclavé entre la Russie, Finlande et Suède, ce qui rend les populations très discrètes, tout en étant ouvertes sur l’extérieur. De mer en mer, de port en cap, de presqu’île en île, de relief côtier aux chaînes montagneuses, les routes, ponts, tunnels et ferries contournent les fjords et se faufilent dans de majestueux décors. Ambiance feutrée, marquée par le jour perpétuel. Entre Kirkeness (frontière Russie-Norvège) et Alta, aucune ville à des km2, mais de minuscules villages côtiers ou aires de villégiatures. Les équipements motorisés trônant devant les maisons, jeeps affublées de cannes à pêche de rigueur, quads, motoneiges, fraiseuses, bateaux et camping cars, ou plus chic encore hydravions, démontrent en un coup d’œil une facette de la vie où le transport occupe une large part et le froid et la nuit règnent en maître 7 mois par année. Nous jouons les « vrais touristes » à la rencontre des premiers rennes et élans, ne sachant pas que des troupeaux entiers nous accompagneront tout au long de nos chemins et bivouacs. Les reliefs aux contrastes variés où prédomine la roche tapissée de lichen et de baies offrent un spectacle féérique à chaque détour. Nos regards ne se lassent pas d’admirer ces explosions géologiques de monts dénudés flanqués dans la mer ou enfermés dans un cirque de lacs glaciaires. Il n’est pas rare de passer sur des tronçons indiqués « Wegbom », ouverts normalement l’été, mais organisés pour la saison hivernale -barrières et affichage d’horaires stricts à suivre- pour des trajets en convoi, accompagnant et sécurisant ainsi les véhicules sous ces pans ravinés enneigés et glacés.

Alta et sa cathédrale arctique à l’architecture novatrice, sympathique petite bourgade avec son marché sur la rue piétonne.

Les sauts d’humeur d’une météo versatile naviguent entre 4-5 averses par jour, pas plus de 100, puis de belles journées « tropicales », aux dires des habitants, le thermomètre grimpe jusqu’à 29°, il faut en profiter ! Plantons un camp de base sur un sommet surplombant le fjord ; un petit coin de paradis ! Le lendemain, sac au dos nous partons pour une ballade « de santé » dans ces belles montagnes. Premier passage dans un tunnel obscur, humide où une odeur nauséabonde et un sol glissant nous surprennent ! Rien de plus normal, nous empruntons l’abri des rennes qui cherchent de la fraîcheur. Nous éviterons le tunnel au retour, pensons-nous… Ce n’était que le début d’une épopée cauchemardesque. A la sortie, 2 troupeaux de rennes nous accueillent, heureusement leur caractère farouche et craintif les pousse à s’enfuir devant nous. Mais oh surprise, il n’y a pas de sentier pédestre mais qu’une seule route abrupte qui nous forcerait à faire un détour de plusieurs dizaines de km. Ce n’était pas le bon choix et nous sommes contraints de repasser par le tunnel. C’est sans compter sur nos amis quadrupèdes qui campent à l’autre bout. Les appels et gestes du bon berger gruyéren nous sortent de cette impasse. Retour à la case départ, nous grimpons alors dans les prés, sur les sentiers des rennes. Le chemin est agréable, la vue imprenable, le soleil inébranlable ! Mais une fois de plus, nous sommes rattrapés par notre ignorance de l’environnement régional, n’ayant pas pris en compte la nuée de mouches « collantes » ayant choisi le même itinéraire que nous ! Impossible de s’en défaire, pire encore si nous nous arrêtons. Tant bien que mal, nous atteignons le sommet, mais devons sacrifier notre pause pique-nique et redescendre au plus vite. Nous nous posions la question pourquoi il n’y avait pas plus de sentiers balisés, nous avons vécu une partie de la réponse. C’est tout de même en harmonie avec les rennes, qui viennent de temps en temps encercler notre bivouac, que nous profitons de cette halte champêtre.

L’itinéraire jusqu’à Trosmo est des plus féérique. Un défilé de sommets (1200-1400m.) coiffés de glaciers et neiges éternelles laissent miroiter leurs pans vertigineux directement dans l’eau glacée des fjords. Quel plaisir d’apercevoir phoque et dauphins se prélassant dans cette mer turquoise au fond clair !

Tromso, l’île c’est la ville ! petite île citadine, accrochée au continent par des ponts et un téléphérique. Joyau du nord, la plus septentrionale des grandes villes de Norvège, où il fait nuit du 21 octobre au 21 janvier. Rues piétonnes, places et port où il fait bon flâner. Atmosphère paisible, rythme lent comme si l’on voulait suspendre le temps et rallonger la saison estivale. Tromso nous surprendra jusqu’au départ, lorsque nous devons emprunter un tunnel, vrai labyrinthe avec ces 2 immenses ronds-points souterrains, la 1ère pour nous !

Fin juillet et déjà le tapis naturel des prairies et la mousse des sous-bois commencent à prendre des couleurs ocres ; alors que les baies myrtilles, airelles genièvre, mûres et framboises sauvages, gourmandises de la faune locale, commencent juste à mûrir. Nous observons qu’ici 300-400m. correspond, selon nous, à nos altitudes de 1500-2500, du point de vue « naturaliste » et climatique.

Plus difficiles à dénicher du fait de l’exiguïté des places et d’une plus grande densité de maisons fermés par des barrières et chemins privés, nos bivouacs vont de surprises en surprises, jetée sur un bras de mer à observer les mouettes arctiques se disputant, avec brouhaha de cours de récréation, les bancs de poissons laissés par la levée de filets ; bord de rivière où nous profitons de nous rafraîchir l’après-midi, avant de nous faire déloger le soir par deux soldats, armes au point, nous informant que nous sommes en zone militaire (base avancée de l’OTAN) ! effectivement, nous étions encore à 3m. du panneau « FORBUD »; place de parc de secours juste pour la nuit ; face à la mer, piton rocheux par un chemin caillouteux et spongieux, tranquillité écourtée par un bus 4×4 au chauffeur sûr de sa monture s’embarquant sans réfléchir sur cette plage de galets, qu’il a fallu treuiller pour aider à ressortir de ses sillons…

 

Iles Lofoten et Vesterlän

Réplique en miniature des panoramas et reliefs du littoral du grand Nord norvégien, avec en plus le cachet exotique d’un voyage insulaire. Murs de montagnes imposantes masquant par moment les contours interminables des côtes au-delà de l’horizon. Paysages invitant à la rêvasserie et l’évasion, laissant sous la brume imaginer des tableaux aux formes rocheuses mystérieuses sur fond marin voluptueux. La topographie crée par cet ensemble d’îles des sensations extrêmes et oblige les visiteurs à serpenter de façon détaillée s’ils désirent percevoir toute sa magie. Impossible de tout décrire, tant le site recèle de merveilleux trésors. Point orgue en apothéose en quittant ces verticales entre mer et ciel, où aucun obstacle ne vient gêner le regard !

Nous entendons parler de canicule dans toute l’Europe centrale ; décalage alors qu’ici au-delà du cercle polaire nous guettons le moindre coin de ciel bleu réchauffant l’air perpétuellement « frileux » et bénéficions de très peu de journées ensoleillées successives !

Retour par le ferry sur le continent ; quelques pistes en Suède avant notre prochain rendez-vous en Finlande pour la reprise de notre raid.

Nord Norway, plus qu’un coup de cœur, un havre de paix et de Beautés ! Pays où nous pourrions envisager vivre et qui nous exalte aussi de découvrir en hiver …


Russie-Finlande 2018 – Péninsule de Kola

Nous franchissons le 67ème parallèle. Simultanément notre compteur affiche 10’000 km depuis notre départ ; autant de surprises, encore plus de tours de roue et que de nouveaux horizons en vue ! La Péninsule de Kola, dernière région russe de notre raid, se situe au nord du cercle polaire arctique. Vaste plaine empreinte de culture laponne, peuple qui avait conquis le territoire avant l’arrivée des Russes ; aujourd’hui quelques 2’000 Samis y vivent encore. Ici encore, que d’immensité et d’espaces à explorer. Le « plat pays » de forêts, traversé jusqu’ici, s’ouvre enfin sur une topographie de vallons, puis de sommets empierrés où flânent encore quelques névés, attendant de venir gonfler les ruisseaux et les marres ! De nouveaux reliefs, une nouvelle ambiance, de sublimes panoramas se profilent. Camp de base au pied des monts Kiniby. Le chant du ruisseau contraste avec le silence des étangs et marais stagnants ; le terrain rocailleux concurrence les hectares de forêts, le soleil généreux a chassé nuages et pluies, le coucou, notre fidèle compagnon lors de chaque bivouac est resté sur les grands chênes. Nous faisons rencontrons une Russe qui apporte des réponses à quelques unes de nos interrogations ; nous partageons un bel après-midi autour du « chaï  et bonbonneries russes et finissons en trinquant un délicieux rouge local. Moments privilégiés d’échanges où le dur apprentissage de 2 ans de la langue russe et ses 6 déclinaisons grammaticales se montre bénéfique et où la philosophie de nos périples à la rencontre des gens se concrétise avec mérite. Quel bonheur de se faire comprendre et de comprendre son interlocuteur, quand il ne se lance pas dans des explications alambiquées, à en perdre le fil !

Premières pistes montagneuses magnifiques à flanc les rochers saillants, roulant par moment dans le lit des rivières, avant de crapahuter en rampante entre deux vaux. Nous prenons de l’altitude et profitons de vues envoûtantes et magiques ; les décors que nous aimons et que nous squattons le temps de plusieurs bivouacs. Il n’y a que très peu de pistes, la montagne est à l’image du climat, isolée, austère et sauvage. Les traces deviennent de plus en plus étroites, caillouteuses et escarpées. Nous croisons une famille russe, passionnée de minéraux ; elle n’ira pas plus loin, le chemin étant trop difficile pour eux. Enfilade de pierriers, ruisseaux, la trace disparaît, le terrain se dérobe lui aussi, de larges et longues marres nous laissent souvent « quoi ».

Semaine 9 / 14 au 21 juillet 2018                   drapeaux RU

Boucle de 180 km, au pas ; une ancienne voie ferrée et un lac de montagne longent la piste. Lorsque les ponts détruits et le chemin deviennent infranchissables, la seule échappatoire est de trouver un passage pour monter sur la ligne du train ; nous roulons alors à deux à l’heure sur les traverses de chemin de fer dégradées par le temps, ensablées et démontées par endroit. Lente et périlleuse avancée, surtout lorsque cette échappatoire est encore plus démontée que la piste à suivre ! Notre cap nous conduit enfin sur les Monts Lovorero, spectaculaires sommets d’ardoises coupantes et failles surplombant le lac et vallée du même nom. Après quelques campements de rêves, nous laissons derrière nous, à regret, cette région qui fut notre coup de cœur jusqu’ici, parlant de pistes, paysages et coin bivouac ! Nous traversons une zone de mines d’apatite, minéral utilisé dans l’industrie chimique ; l’archipel de Kola compte les gisements les plus importants au monde. Seule ombre au tableau et donc vigilance quant aux sources d’eau, à éviter tout approvisionnement ici, les rejets acides de ces extractions ravagent ces zones. Mieux vaut en être avertis !

MYPMAHCK / Mourmansk

Considérée comme la porte d’entrée de la mer du Nord, depuis toujours de grandes batailles ont eu lieu près de ses côtes. Pour exemple, lors de la 2ème guerre mondiale avec la traque du Bismark par les alliés, afin de détruire cette arme de guerre puissante et mettre fin à l’hégémonie marine de l’armée allemande. Puis dès le début de la guerre froide, Mourmansk et plus précisément Poliarniy a été la base de la force de dissuasion maritime du bloc de l’est. Aujourd’hui encore, le littoral de la mer de Barence est interdit aux étrangers, car c’est le lieu d’entreposage d’une partie des forces d’attaque sous-marine russe.

Mourmansk, grande ville du Nord qui est plongée 7 mois par année dans la nuit polaire. Aujourd’hui, par une journée ensoleillée de juillet, les rues, les bords de lac, les places grouillent de monde, faisant le plein d’énergie et profitant du jour perpétuel et du soleil de minuit. De nombreux mémoriaux aux combattants 1941-1944 sont édifiés, monuments toujours fleuris, reflétant le sacrifice des générations, pour lequel les Russes restent très respectueux. A visiter en particulier le site et le monument de la grande guerre patriotique sur la gigantesque esplanade où trône la statut géante (50m) d’un valeureux soldat, le regard tourné vers l’Ouest ; un « poste » assurant une surveillance loin à la ronde. La ville a reçu le titre de «Gorod-Geroï »,  ville héroïne pour le comportement exemplaire de ses habitants au cours de l’histoire. Halte historique nous rappelant la chance que nous avons de ne pas avoir eu à connaître et à traverser de telles tragédies ; comment aurait-on résisté ?

Cap Niemetskiy, Cap Nord Russe, N 69056’59’’ E 31056’30’’

Dernière escale de notre épopée russe sur les Iles Sredeni et Ribatchiy, à l’extrême Nord-Est du pays. Loin des engouements touristiques du Cap Nord européen, la pointe septentrionale russe, terres désertiques, n’attirent que très peu de curieux ; sauf les plus motivés, les mieux avertis et les bien équipés. Emergeant des eaux de la mer de Barence, parsemées d’îlettes et de mille lacs d’eau douce, c’est un relief sauvage de rochers saillants sur des prairies rases et d’épais lichen. Seuls quelques bouleaux tortueux, résistants au froid et au vent apportent une touche de végétation. Il n’y a que très peu de pistes, mais beaucoup de fausses traces. Les pistes sont des voies militaires reliant des stations radars, encore en activité pour certaines, d’anciens fortins et autres vestiges fantômes. Nous devons trouver une trace dans un champ de caillasse affûtée, qui nous a coûté une 2ème crevaison ; mais le sort n’étant pas contre nous, on a bénéficié d’un site de réparation idyllique ! Nos repères sont de vieux tonneaux rouillés, lestés et ancrés au sol par de gros cailloux, indiquant le bord à ne pas franchir si on veut éviter les zones marécageuses. Il faut aussi rouler au rythme des marées, cycle de 12h, car certains passages ne se font que par la plage à marée basse ! Cadre lunaire et bivouacs magiques, le regard tourné vers le pôle nord, pour cette dernière semaine russe.

Ces deux mois en Russie furent une expérience et leçon de vie à nulle autre pareille. Voyage le plus intense et difficile que nous avons connu, n’enlevant en rien l’esprit de découverte, la volonté de se surpasser et de s’investir dans la compréhension de modes de vie et savoir-faire autres que les nôtres. Avant de quitter la Russie, les derniers clins d’œil :

Lu, entendu, idées reçues ?

Bon à savoir, rien de mieux qu’un voyage au cœur des populations pour apprendre et connaître certains aspects de la culture et société. Ici en Russie nous l’avons vérifié :

          on ne doit pas utiliser Mr. ou Mme pour aborder quelqu’un, ce serait un manque de respect, mais dire jeune homme « Maladoii tchelovek » ou jeune fille « Devodchka ».

          les femmes russes sont très coquettes, elles aiment se maquiller et mettre leurs plus belles toilettes, souvent aux couleurs criardes, juste pour aller à la poste, promener les enfants ou acheter du pain. Cela se vérifie, autant en ville que dans les villages, de la Devodchka à la Babouchka, elles sont toujours toutes tirées à 4 épingles. Pour l’anecdote, une commerçante a fait remarquer à Marc-André qu’il avait son pull à l’envers ! alors que le baroudeur à travers ce subterfuge astucieux essayait de masquer quelques taches disgracieuses et ainsi retarder un lavage gourmand en eau ; bien si précieux dans ce type de raid.

          Ici il est impoli de demander où sont les toilettes, il faut dire : où puis-je me laver les mains ?

          Bon nombre de véhicules roule toute l’année avec des pneus clous, même à Moscou. Indicateur météorologique du fait des périodes sans gel très courtes, problème financier ou encore parade et sollicitation aux chaussées plus que défoncées ?

          La « babouchka », pilier de la famille russe, même si elle semble fragile dans son châle fatigué par les années, elle a traversé toutes les époques sans rechigner et vous dira toujours que c’était mieux avant !

          Pour compter, on ne commence pas le poing fermé comme chez nous, mais la main ouverte en descendant le petit doigt pour le 1 et ainsi de suite. Notre 3 équivaut donc à 2, notre1 correspond à 4…ce qui donne des situations assez comiques.

Et tant d’autres encore….

Nous sortons de la Russie par la frontière nord-norvégienne. Les derniers 150km se font par la route, dont il ne faut pas s’en écarter. Vastes zones militaires russes, sous haute-surveillance, protégées par des clôtures de barbelés et caméra tous les 30m ; peu de chance de passer incognito. Zone tampon entre l’occident et le social démocratique où les philosophies économiques s’affrontent autour de lois et restrictions diverses. Le passage de la douane se fait sans difficulté aux 3 check points des papiers ; visas, formulaires d’enregistrement, précieusement gardés depuis notre entrée et documents du véhicule attestant que nous ressortons avec la même « abtomobil ». Par contre nous avons subit une fouille drastique du Pinz. Chaque recoin, boîte, coffre, sac, poche et pochette a été méticuleusement ausculté à la lampe de poche et vérifié que rien de suspect n’y été caché. Notre périple russe nous laisse sur une note de contraste et extrêmes entre la gentillesse et douceur de l’accueil et une administration tatillonne enclin à surveiller pour s’assurer que rien ne déroge à la ligne ; entre l’ingratitude du climat et la magie des paysages lacustres ; entre les richesses citadines et la misère des villages, entre l’immensité du territoire et le peu de variété du relief….

 

BOLCHOÏ SPASSIBO ROCCII, Do svidaniya…Roccii

 

Cap sur les côtes norvégiennes avant de revenir en Finlande suivre notre roadbook traversant le pays du Nord au Sud


Russie-Finlande 2018 – sur nos traces

Sur nos traces

Si nos journées sont ponctuées d’anecdotes inattendues, notre mode de vie en autonomie exige des gestes quotidiens impératifs et vitaux, tels que ravitaillement en essence et eau et un aspect non des moindres, conditionnement de nos propres déchets. Cela paraît anodin, gestes presque irréfléchis dans nos économies occidentales, mais en voyage, quêtes qui ressemblent parfois à un parcours du combattant dans ces régions coupées de nos considérations européennes. Question essence, avec notre réservoir de 160 lt et 3 estagnons de 20 lt sur la galerie, nous plageons entre 1’200-1’400 km d’autonomie en fonction du terrain. Capacité nous permettant de nous engager sur des traversées avec souvent l’obligation de faire demi-tour en cas de passages hostiles et infranchissables, ce qui diminue d’autant plus vite les réserves. Pour l’instant, nous avons toujours trouvé des stations, aussi modestes soient-elles, pour couvrir notre consommation. Quant aux réserves d’eau, nous devons bien gérer nos 2 contenants séparés d’eau propre à la consommation (120 lt) et d’eau « non potable » pour les besoins sanitaires (2 poches de 30 lt chacune sur la galerie). En Russie, nous n’avons aucune garantie de la provenance de l’eau, d’où une économie drastique et l’équipement en filtres katadines (céramique et charbon) en plus du micropur pour cuisiner. Pour la toilette et la douche, l’eau de ruissellement fait l’affaire, faut-il encore en trouver ! Bien que pays d’eau, ici pas de fontaines, ni de robinets extérieurs; ceci à cause du gel quasi permanent. Dans la majorité des villages, chaque maison possède son propre puits ou une citerne dans la cour. Seule alternative pour remplir nos poches d’eau, les stations essence, si elles disposent de toilettes ! ou, dès le printemps, les « kalynka », sorties d’eau sur la conduite principale dans les villes, genre nos bornes à incendie. Sauf mauvaise surprise lorsque l’eau tirée est brunâtre et mousseuse, n’inspirant pour nous aucune confiance. La question d’évacuation de nos poubelles reste sans aucun doute la plus compliquée, car indépendante de notre bonne volonté, difficile de trouver un container pour les déposer. Il n’est pas rare de devoir garder plusieurs jours nos déchets, avec le fâcheux risque d’attirer toute sorte de bestioles la nuit, surtout un ours gourmand qui rôde dans ces immensités. Ce qui ferait bien sûr le bonheur du pilote aventurier qui les guette depuis notre arrivée en Russie, mais qui pour moi, je dois l’avouer, rien que l’idée me fait peur…. Comme dans la majorité des pays où l’économie est basée sur la consommation personnelle et fait fi de la gestion des déchets, la Russie vit encore à l’ère des déchetteries à ciel ouvert éparpillées aux abords des villes et villages. Autant de détritus se retrouvant plus loin dans les cours d’eau et finissant leur cycle de vie en pleine nature. Ceci est pourtant en contradiction avec la propreté et le soin autour des maisons, dans les rues et places de villages. Ceci dit, nous déplorons cette situation et avons de la peine à comprendre qu’il n’y a pas de solution, ne serait-ce un minimum d’organisation des lieux et du traitement courant de ces zones de « balayures ».

Cette parenthèse plus « terre à terre » mais qui assure toutefois nos besoins primaires permet de partager plus concrètement une des nombreuses facettes d’un tel périple. Elle laisse également place à la réflexion et débats passionnants…

Karélie, « Oblast » qui nous conduira ensuite vers Mourmansk, en passant par le lac Onega, puis plongeant dans la mer Blanche avant de découvrir le fjord de Kola. Cette région, aux dires de ses habitants, jouit d’un hiver plus clément qu’en Sibérie, juste un -200. C’est vrai qu’avec les 110 d’aujourd’hui, ils affichent un sourire estival. Petrozavodsk, sympathique petite bourgade incitant à la flânerie le long du port et dans ses grands parcs, même sous une pluie fine ; nous y faisons une pause de 2 jours. Départ de l’hydrofoil pour les îles Kiji, où s’admirent les plus anciennes églises construites tout en bois, sans un seul clou, dont l’une avec 22 coupoles. Malheureusement, la tempête annoncée pour ces 2 prochains jours clouera les aéroglisseurs à quai ! Plus dans les terres, nous dénichons enfin des pistes que nous pouvons suivre de bout en bout, tout en enjambant d’archaïques poutrelles en guise de pont, franchissant des mares ayant comme seul repère de profondeur des bouts de bâtons plantés ça et là par des locaux empruntant ces voies incertaines pour se rendre d’un hameau à l’autre. Nous nous frayons un passage entre branches en pagaille, pierres sournoises sortant de la vase, marches caillouteuses traitres et zigzaguons de lacs glaciaires en étangs stagnants dans une forêt clairsemée sur un tapis de lichen, où par endroit des troncs ont dû jouer au mikado. Magnifique boucle et excursion au point culminant de Volavaala de 421m. faisant la fierté de la région. Paysages de carte postale promettant d’être encore plus magiques aux couleurs d’automne et avec la féérie de la neige et du froid !

Ce soir, nous amarrons notre bivouac au bord de la mer Blanche, coincé entre deux remparts de gros blocs d’une ancienne jetée. Les mouettes nous font bon accueil, le soleil nous nargue, mais l’air du large nous ragaillardit. Cette nuit deux averses fines étaient annonciatrices d’un gros déluge nocturne. Réveil sous la brume, quelle surprise de nous retrouver les roues dans l’eau au beau milieu d’une immense gouille, le terrain n’ayant pas absorbé cette pluie ravageuse. Manœuvre pour déjeuner au sec et démarrer la journée. En roulant vers le Nord, la forêt se fait moins dense. Il faut dire que ce territoire, constellation de milliers de lacs, ne laisse guère de place à d’autre espace que toundra et marais acides et est vierge de toute activité humaine, sauf quelques pêcheurs solitaires dont la silhouette figée se fond dans le décor

s traces

Russie-Finlande 2018 – Cahkt-Petercbyrg

Anciennement Leningrad, Saint Petersburg, la Palmyre du Nord, la plus septentrionale des villes mondiales, « Pit » pour ses habitants et admirateurs, ville jeune et branchée, fenêtre sur l’Europe surprend indéniablement par sa physionomie et la promesse d’un voyage mythique hors du commun. Composée de 42 îles et 80 ponts, ce n’est pas en cherchant la facilité que son fondateur, Pierre le Grand, se lance le défi de transformer ce marais géant en une métropole avenante, profitant des atouts fluviaux tout en gardant l’œil sur l’isthme de Finlande, et de ce fait sur la Suède, son ennemi de toujours. Ici c’est le règne de la débrouille pour lutter contre les caprices saisonniers avec l’hiver glacial, le printemps arrosé et l’été trop court. Balade en quadrillant la ville délimitée par de nombreux canaux ; il ne faut pas avoir peur de devoir beaucoup marcher, les stations de métro étant éloignées les unes des autres. Palais, amirautés, places, musées, forteresses, îles, tout passe par la Neva et ses ponts basculants, impressionnant réseau maîtrisant la navigation, tout part de la perspective Nevski et triangle d’Or et ses quartiers impériaux, tout ramène à l’histoire des stars, à l’ère de l’empire russe, à la fièvre révolutionnaire et au monde enchanteur des arts. Côté pile, comme dans la plupart des grandes capitales, il suffit de sortir du centre pour s’apercevoir que les investissements et enjeux économiques sont plus que sélectifs ! Sublime escapade, qui laisse entrevoir le rêve de découvrir la ville tout de blanc vêtue avec ses canaux et fleuves gelés !


Puskin – résidences princieres

 

PUSKIN – Daitcha de Catherine I

Résidences princières, parc somptueux de 20 ha sur lequel Catherine I fit bâtir pour son petit-fils Alexandre II le plus majestueux palais et petit palais, bains, chapelles, ermitage, admirauté et appartements… égayés par de rafraichissantes fontaines, lacs et îlots. Plaisir pour les yeux, l’âme et le cœur cet ensemble où le temps semble s’être arrêté!

 

Jean qui rit, Jean qui pleure

Metéo en « montagnes russes », des frimas aux pluies diluviennes ponctuées à dose homéopathique de soleil torride, yo yo des températures, sautant de l’été timide à l’hiver tenace ! juste pour sourire :

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Russie-Finlande 2018 – Ecole buissonniere

Ici, « B Severni Ourali », en Oural du Nord, il n’y a plus de devantures dans les rares villages oubliés, distants, au bas mot, de 55-60 km les uns des autres. Pas répertoriés sur les cartes, même le panneau indiquant le nom du bled semble avoir été oublié. Pourtant, entre ce qu’il reste de vieilles maisonnettes en ruines, de fébriles bicoques cachées derrière un immense tas de bois, et attenantes à un précieux carré de jardin fraîchement labouré, indiquent toutefois une vie présente par un étendage rafistolé, un vieux chien pantois, une voiture désarticulée ou une cheminée qui fume. Nous pensons alors, en silence, que nous sommes des privilégiés et que même si notre loft ambulant paraît confiné par cette météo maussade, nous avons encore beaucoup de choix et de liberté ; ceci sans préjuger, bien sûr, du ressenti du quotidien des habitants locaux.

Nous passons des « tchernoziom », ces terres noires connues comme les plus fertiles et de meilleurs rendements du monde, à la taïga et toundra. La différence sur le terrain n’est pas aussi franche que celle décrite dans les livres de géographie. Si le terreau, le lichen, la mousse et la hauteur des arbres en font leur particularité, ces deux types de sols ont bien en commun les marais et l’humidité omniprésente. Réel barrage pour les plus ambitieux à la conquête de ce Nord mystique. Alors que nous n’avons pas laissé tomber nos polaires et bonnets de laine, les autochtones ont l’air d’apprécier ces premiers jours sans pluie. Ambiance de grands nettoyages de printemps, chacun se mobilise aux activités de plein air. Coupe de bois, élagage des bas-côtés des chemins, bêchage des potagers, révisions des bicyclettes,… Dans les villages ou sur les routes, ce qui à l’air un sport national, d’ambitieux ateliers de peinture ! Par groupe, écoliers et ouvriers, mal enfagottés dans de trop grands tabliers, armés de sceaux et grands pinceaux, rafraîchissent palissades et barrières. Partout, les maisonnettes et leur terrain sont clôturés pour se protéger des animaux et surtout des congères en hiver, telles les barrières de mérinos. De quoi avoir des km de toile à entretenir ! Et le plus paradoxal, les barrières des ponts où les routes sont inexistantes subissent aussi ce relookage zébré de noir et blanc. Ces scènes nous prêtent à sourire, mais doivent certainement avoir leur bon sens après des hivers rudes de plus de 8 mois.

Semaine 5 / 16 au 22 juin

Après un début de raid russe hivernal, 3ème journée torride ;. le soleil nous est tombé sur la tête ! Le thermomètre flirte brusquement entre 25-29 degrés, avec ses avantages et inconvénients ! Une portion de piste désertique (40 km), soulevant des nuages de poussière et secouant notre habitacle de continuels soubresauts, mène à mal notre monture et le pilote sur cette tôle ondulée. Inquiétude pour la structure mécanique qui ne peut que se désarticuler et les filtres s’encombrer de particules !

Route vers le Nord qui s’annonce chaotique. Ce matin surprise au réveil ; un pneu crevé. De quoi occuper la matinée à changer de chambre air, n’ayant pas trouvé l’entaille, et remettre la roue qui a fait de la résistance pour décoller le pneu de la jante. Notre aventure se poursuit en direction de la mer de Blanche, aucun jour ne ressemble à l’autre et moins encore au programme imaginé. Nous nous trouvons sans cesse devant un dilemme, que nous connaissions, certes, mais qui ne ressemble jamais aux plans, précautions, finement pensés et préparés dans notre salon. Comment contrer les conditions climatiques, que préférer ? Pluie, froid et vent nous confinant à l’intérieur ? Chaleur, marais, moustiques engageant toutes nos ressources et énergies pour profiter d’un minimum de confort. La suite du voyage apportera sans doute un début de réponse, mais nous le savons déjà n’enlèvera en rien nos envies d’évasion.

Mer blanche «Beloe moe »

L’inaccessibilité des pistes de l’Oural imbibées d’eau et coupées par les innombrables cours d’eau ont écourté l’itinéraire prévu dans cette région. Nous étions visiblement trop tôt dans la saison. Nos roues filent plus au Nord sur Archangel’sk. Journées radieuses entre forêts, marais, forêts, lacs et forêts. Pas grande activité humaine, si ce n’est de petits patelins de plus en plus isolés et désuets par rapport à nos standards occidentaux. Soirées agréables mais malheureusement raccourcies par le squat toujours plus intrusif des moustiques et autres insectes. Nos produits répulsifs pour peau et vêtements, ainsi que le diffuseur thermique fonctionnant sur le principe de plaquettes diffusées avec du gaz au lieu de l’électricité et efficace sur un de rayon de 5-6 m2 protègent notre mini véranda, petit espace extérieur où tout se passe : jeu, lecture, détente, apéro et repas du soir. Nous attendons le bord de mer qui devrait nous offrir une ambiance autre que forestière.  

Dommage, notre arrivée se déroule sous une pluie battante. Le ciel chargé de gris se confond avec le plan marin. Impossible de trouver un bivouac au bord de l’eau, le moindre terrain est approprié par des cabanes de fortune, logis des pêcheurs. Un peu frustrés, nous passons la nuit dans un pré et espérons avoir plus de chance demain. Réveil mouillé et gris, nous longeons la mer blanche, mais le littoral est tellement boisé que la vue en est masquée. Tout à coup, de nouveaux horizons s’ouvrent et nous conduisent en bord de mer. Quelle aubaine, un bivouac les pieds dans le sable. Air marin d’une mer agitée pour tout décor, nous ne nous lassons pas d’écouter les déferlantes qui renvoient les vagues à nos pieds. Nuit la plus courte de l’année, où le jour ne se couche jamais ! Quel spectacle se retire à plus de 300m., laissant à nue une plage au relief tourmenté d’immenses pierres et troncs échoués. Cette région du fleuve Onega est magnifique, le paysage est reposant. Nous nous installons sur la rive, et vivons 2 journées au rythme des barques de pêcheurs relevant leurs filets ou reliant l’autre berge… bla bla avec une  paysanne désherbant son champ de pommes de terre et nous invitant pour le thé, d’explications difficiles avec ces 2 jeunes, inquiets de nous voir faire de la mécanique (routinier en voyage, retendre périodiquement les freins) venant nous offrir leur aide ou de ces ouvriers d’état, sous le charme de notre véhicule, proposant de l’échanger avec leur vieux Uaz. Break ressourçant et combien riches en contacts, humilité devant tant de simplicité et dignité dans ces villages affichant une pauvreté et un dénuement total, leçons de vie que nous tendons à inhiber.

Myriam et Marc-André


Russie-Finlande 2018 – Ourali

Invitation à bord

Chaque jour nous apporte son lot de nouveautés, comme

– la difficulté de trouver un bouchon d’huile moteur, perdu par le chauffeur  lors du dernier contrôle matinal, oups la boulette !

– Faire le plein d’essence, tout un poème. Il faut d’abord parler à une boîte, comme au Mac Do en moins sophistiqué, et dire en russe « pajalouista » pour quelle montant ou le nombre de litres de benzine que nous souhaitons. La fameuse machine avale votre carte de crédit…, si tout marche bien un ticket sort de la boîte avec l’appareil à carte de crédit programmé pour le paiement…. Ce n’est seulement après ses transactions que nous pouvons aller à la « bonne pompe » pour faire le plein.

Semaine 4 / 9 au 15 juin

Fidèle à elle-même, l’URSS nous offre jusqu’ici une monodie de paysages intrigante qui oblige nos esprits à s’ouvrir à la compréhension de ses fondamentaux. Continuité et répétition sont l’introduction intelligente d’une découverte aux 1000 visages et ressentis. Premier abord farouche, voire teigneux, cet environnement d’un air rebelle présente pourtant une grâce naturelle. Chaque petit village, chaque croisement de regards, chaque échange est une invitation. La Russie est, depuis ses origines, un pays d’eau. Fleuves, rivières, canaux et méandres s’entrelacent à perdre haleine, s’essoufflant secrètement en marécages imprégnant le terrain jusqu’au moindre recoin. Le sol détrempé après le dégel de l’hiver et les pluies printanières en font des réservoirs inépuisables. Ici dans la région de Kirov les larges plaines verdissantes savent profiter de cette manne nourricière, ailleurs les forêts affichent une mine luxuriante les pieds dans l’eau.

Aujourd’hui nous sommes dimanche, notre itinéraire entre au cœur des campagnes et hameaux retirés. Le long de l’unique chemin principal s’alignent maisons de bois, bâtiments publics aux austères façades de béton, terrains vagues ou lieu de rendez-vous de toutes générations. De chaque côté de l’avenue courent d’énormes tuyaux desservant les habitations en chauffage collectif. Chauffage généré par une antique centrale thermique fonctionnant avec toute matière qui brûle et générant ainsi son quota de rejets. Ici pas de thermostat, ni de chauffage au sol ! L’ancienneté de ces canalisations est marquée par les lambeaux d’isolation qui restent encore par endroit. Etrange sensation de désordre vu de l’extérieur, mais en prenant le temps de s’y attarder, derrière ces devantures quelque peu désuètes une vie grouillante et organisée se dévoile avec pour seule consigne le respect, la patience et l’amabilité.

L’Oural

Après 4’500 km au compteur, nous franchissons la frontière virtuelle de la Sibérie, délimitée par l’Oural, chaîne paisible qui n’a eu jadis que l’intérêt de se trouver sur la route des chasseurs de fourrures. Peu à peu les richesses des mines de fer ouraliennes ont contribué à l’installation des villes comme Perm et Ekataninbourg. Perm, au pied de l’Oural sur les bords de la Kama, bourgade d’1 mio d’habitants, la plus grande cité de l’Oural du Nord-Est. Si elle se vante d’avoir eu le dernier Tsar de Russie, Nicolas II, Perm irrite encore  bon nombre de Russes pour son passé peu glorieux et tristement célèbre d’y avoir abrité le dernier Goulag, fermé par Gorbatchev en 1988 seulement, c’était hier. D’autres noms plus méritants nous viennent en mémoire, comme le chef d’œuvre, le Docteur Jivago, écrit par Boris Pasternak lors de son séjour à Perm. Pour le détour, rendez-vous aux festivités des célèbres nuits blanches de juin, durant lesquelles toute la vie est en effervescence.

Journée toute en décalage, nous changeons d’un seul coup de deux fuseaux horaire. L’obscurité se faisant de plus en plus timide, au fur et à mesure de notre chevauchée, nous profitons de la magie des nuits perpétuellement claires ; faisant fit des horloges dans notre monde nomade, seule la liberté dicte notre cadence. Si notre vitesse de croisière ne change guère, nous prenons de la hauteur et traversons des vallons. Pas de quoi s’affoler, ces « montagnes russes » sont encore loin de rivaliser avec nos vallées alpines ; mais donnent quelque relief et charme à notre virée. Vie de forestiers, chasseurs et pêcheurs, ces cartes postales lacustres sur fond d’air frileux et humide suffisent pour nous enchanter et nous dépayser. Première journée sans pluie, nous pardonnerons la petite averse de ce matin ; un rien nous enchante, comme ce petit déjeuner ensoleillé, le 1er depuis huit jours !

12 juin –« Djen Rosii » – jour de la Russie, Jour férié proclamant l’indépendance de la Russie vis-à-vis de l’Union Soviétique en 1990. Coupe du monde 2018, 1er coups de sifflet doivent dès aujourd’hui raisonner pour les équipes euphoriquement préparées ! Bien que la Russie dit recevoir ces épreuves en grande pompe, nous n’avons vu, ni entendu aucun signes « footballistiques » depuis notre entrée dans le pays. Nous laissons le soin aux fans de foot d’y apporter leur engouement.

Bien loin des stades, nos terrains de jeux, vastes domaines de prédilection pour notre véhicule. Encore faut-il s’affranchir et dompter ces interminables tentacules lacustres. Lorsqu’après de rudes tentatives, nous contournons un bras de rivière en s’éclaboussant et rampant dans les hautes ornières creusées encore plus par la pluie ruisselante, notre chemin se trouve bloqué devant un torrent de 2m d’eau tumultueuse ! Aucune chance de franchir cet obstacle ; il faut revenir sur 45 km de gadoues (soit environ 3 h) pour trouver un autre passage. La météo frileuse, mouillée et venteuse depuis deux semaines ne nous épargnent guère, mais cela n’entame en rien notre détermination et morale qui restent sans borne. Cette contrée nous ayant adoptés, à nous de nous adapter. Heureusement que nous dénichons de merveilleux coins bivouac, même si nous devons souvent nous réfugier à l’abri, le temps d’une averse. La taïga nous offre le gite, mais ne croyons pas que c’est sans contrepartie. Entre bruit étrange nocturne et volatile intrusif, le choix du « dodo » n’est plus qu’un simple choix géographique, à la quête d un paradis éphémère. Loin de l’orée de la forêt et d’une rivière trop tranquille, après une partie de scrabble ou d’échecs, chacun s’active au bivouac entre petite mécanique et plats mijotés.

Après veines tentatives sur ces chemins « saisonniers », les éléments naturels ont eu raison de nous. Nous devons renoncer à traverser cette zone marécageuse, accessible qu’en été selon les gens locaux. Le printemps tarde à venir cette année, nous disent-ils. Certains villages, patelins à nos yeux, resteront encore isolés quelques semaines. La belle saison se fait de plus en plus courte. Seuls quelques Uaz, quads ou autres engins téméraires se lancent sur ces  sillons pour approvisionner ces habitants isolés de tout.

Nous évaluons notre avancée journalière, par rapport aux pistes et routes, qui n’ont plus que le nom dès que l’on s’éloigne de la capitale ! Les distances se comptent à des échelles de 500km sans pour cela voir le point se déplacer sur la carte. Nous devons garder à l’esprit notre date limite de séjour dans le pays pour dessiner l’itinéraire qui nous permet de faire la boucle jusqu’à l’Extrême Nord-Ouest. La tentation est grande de filer plus à l’est, mais il faut rester prudents et ne pas sous-évaluer les tours de roue qui nous attendent ….

Amicalement Myriam et Marc-André