Russie-Finlande 2018 – Chemin du retour

Fin de raid au rythme des vols d’oies sauvages migrant vers le sud, dont nous pouvons admirer les élégantes lignes arquées et symétriques de ces formations groupées, volant à tire d’ailes. Au vue de la dernière nuit glaciale, -3o, 1.50 à l’intérieur du véhicule et du givre matinal, nous sommes juste dans les temps ! Pause à Copenhague avant de traverser le Danemark, pont virtuel, au-delà du 56ème parallèle, entre les régions du Nord, qui ont donné tant de caractère à notre périple depuis Moscou.

 

Voyage au long cours, évasion unique, vie dans des immensités dans un espace restreint offrant la perspective de l’infini dans un contexte de compromis. Dépassement de soi, compréhension de l’autre et connaissance de soi-même, autant d’enrichissements personnels et de richesses venant des autres. Périple qui se résume,

 

En chiffres :

4 mois ½ de voyage, 135 bivouacs en plein air (dont 1 couchette en mer), 97 jours perpétuels

135 desseins/parcours à ébaucher, ajuster et redessiner

20’000 km, 3 crevaisons, 3 problèmes techniques, 12 traversées en ferry/bac (6 en Norvège)

33 km/h vitesse moyenne, 537 m. altitude maximale

10 pays , 4 fuseaux horaires > Est, 7 Capitales visitées, 6 monnaies…

 

En coups de cœur :

Russie, surprenante intrigue ?

Norvège, majestueuse évidence …

Finlande, féériquement sauvage !

 

En remerciements :

A tous ceux qui nous ont fidèlement suivi, soutenu et conseillé. Merci à toutes les personnes rencontrées pour leurs bénéfiques échanges et leçon d’humilité. Merci au pilote pour sa « bonne conduite » et dévouement sans compter pour son équipière, notre fidèle monture qui nous a guidé et abrité sans encombre !


Russie-Finlande 2018 – autour de la Baltique

Triptyque citadin autour de la Baltique et des capitales, finlandaise, estonienne et suédoise, toutes chargées d’un passé empreint d’occupation et domination russes pour leurs rivalités portuaires ; reconverties aujourd’hui en de modernes et florissantes métropoles.

Après plus de 4 mois de vie de couple « très rapprochée », nous nous réjouissons des retrouvailles nordiques avec nos fidèles responsables du camp de base suisse durant notre périple, pour partager une semaine de vacances à déambuler dans ces capitales. Clin d’œil à Alessandra, qui se reconnaîtra, et qui attend avec impatience les clichés de ces visites guidées !

HELSINKI, tout à l’image de son pays, la capitale finlandaise affiche de prime abord un visage discret, tranquille, en harmonie avec la nature, sans afficher d’orgueilleux édifices, ni pléthore de souvenirs historiques. Il faut savoir prendre le temps d’apprivoiser la ville, le nez en l’air, pour découvrir sa personnalité et caractère. Des larges avenues piétonnes aux ruelles transversales, coupées au cordeau, du port dynamique aux îles et lacs intérieurs, la ville dévoile ses formes et volumes aux décorations fantaisistes, sous le signe d’ancestrales légendes. Tour à tour, la capitale change de visage. De clochers élancés aux dômes colorés se succèdent de remarquables façades d’art néoclassique pur à une architecture plus moderne. Marchés, port, boutiques et musées, autant de lieux d’échanges et d’invitations à côtoyer et apprécier la générosité innée de ce pays. Pays que nous quittons, la larme à l’œil, après cinq merveilleuses semaines.


Tallin

Une seule enjambée (2h de ferry) suffit pour rejoindre la capitale estonienne ; le plus petit des pays baltes, le plus moderne aussi et le plus tourné vers la Scandinavie. D’un seul coup, nous voilà plongés à TALLIN dans une toute autre atmosphère médiévale et cosy. Vanalinn, la vieille citée, accoudée gracieusement aux bâtiments modernes de la nouvelle ville, surplombe la baie. Divisée entre ville basse et ville haute, l’enceinte est entourée de remparts et tourelles, et pavoisées de minuscules ruelles débouchant sur de magnifiques places. Petit joyau où se concentrent d’anciens édifices amoureusement restaurés, monuments médiévaux racontant leur propre histoire, musées et galeries, le tout fleuri et garni d’artisanat typique. Tout cet ensemble est orchestré par des personnes au service des autres, où le mot accueil prend toute sa signification. Notion qui semble quelque peu galvaudée dans les régions touristiques qui vivent de leurs acquis. Une visite qui vaut le détour, qui aspire, tout comme sa petite sœur lituanienne Vilnius, à un étrange instant où le temps semble s’arrêter.


Stockholm

Pour un grand week-end, un séjour insolite et surprenant de folles journées hautes en couleurs et saveurs. Petite capitale dont le charme historique s’allie merveilleusement avec modernité cosmopolite. La patrie des prix Nobel est également le royaume branché du design, du shopping ou vie nocturne et de la gastronomie nordique. Bâtie sur 14 îles, eau douce et salée se mêlent et s’enjambent par de somptueux ponts décorés de symboles et encadrés de sites et édifices marquant plus de neuf siècles d’histoire. De Gamla Stan, cœur médiévale créé en 1255, découvrons de quartier en quartier les rues piétonnes bordées de limettiers, animées de marchés et halles, où terrasses et boutiques riment avec chic, choc et chèques ! Retrouvons nos âmes d’enfants et de rêveurs dans les mondes de « Fifi brin d’acier » et à bord du grand vaisseau Vasa à la vie autant éphémère que sa fière renaissance. Captons les différentes luminosités, jouant des reflets du ciel, des façades hautes et étroites ocres et rouges. A travers cette visite, nous reprenons contact avec la civilisation consumériste et la vie trépidante et bruyante où le plaisir de l’achat n’a d’égale que le paraître ; un piège à savoir maîtriser !

Tout comme chez sa voisine Helsinski, escapade à Stockholm sur fond de bise automnale pour nous, d’un bel été qui se prolonge pour les nordiques, avant de penser aux journées glaciales et nuits givrées du prochain long hiver.Po

Russie-Finlande 2018 – Finlande Cap Est « méridional »

La lune et le ciel étoilé s’installent à nouveau dans nos tableaux nocturnes. Oubliée depuis 3 mois de clarté ininterrompue, la nuit reprend peu à peu sa place et nous rappelle à moins d’insouciance lors de nos sorties noctambules.

« Oulun », région de lacs « Jävi », formés par les dépôts glaciaires, serpente dans des bois de plus en plus obscurs par les sempervirentes forêts de conifères où règne une humidité qui rend les pistes détrempées. Nous nous improvisons explorateurs à vouloir toujours trouver des chemins inédits, de plus en plus sauvages et isolés. Les roues dans la boue, à travers gués et ornières, nous reconnaissons quelque peu le terrain russe, moins ingrat tout de même par des zones plus ouvertes et les berges de lacs plus facilement abordables. Petite frayeur du pilote à vouloir franchir, sous une pluie torrentielle, un passage rocailleux et escarpé, hors de portée de nos ambitieux horizons ! Il faudra revenir équipés de chenilles, patinettes ou alors d’un véhicule amphibie !

Et comment ne pas perdre le Nord, ni la boussole dans cet enchevêtrement de traces forestières ? Bien équipés en GPS, nous aimons cependant nous repérer sans l’aide d’outils sophistiqués. Comme les rescapés, traqués par un ours kodiak, dans le film « A couteaux tirés », nous cherchons le Nord :

          à l’aide d’une montre : positionner la petite aiguille en face du soleil, puis l’axe opposé au milieu des 2 aiguilles indique le Nord ! Et si le soleil n’est pas au rendez-vous, comme c’est souvent le cas lors de notre périple ;

          en confectionnant une boussole : poser sur de l’eau une feuille (papier ou végétale), placer en son centre une aiguille de métal aimantée par simple frottement sur du tissu (idéalement de la soie) et observer le mouvement de la feuille sur l’eau qui indique le Nord magnétique, après stabilisation.

La Finlande compte de nombreux parcs nationaux et réserves naturelles, laissant la nature à son état originel et très sauvage, lui donnant ainsi un caractère rebelle. Nous nous attardons dans le parc d’Hossa qui abrite une forêt primaire rare et des peintures rupestres de 2’500 ans av. JC, dont certaines sont restaurées. Journée de promenade pour admirer d’une passerelle surplombant le lac ces vestiges sames, scènes de chasses et autres rituels chamaniques de l’âge de la pierre et du bronze. L’ocre et le jaune ont été obtenus par chauffage de l’argile ferreux, du sang, de la graisse ou du jaune d’œuf. Plus loin, le paysage austère du lac canyon Julma débouche sur des routes empruntant des digues et de larges bandes de terres, donnant au panorama un goût de vacances lacustres.

Pratiquement « seuls au monde » depuis des semaines dans ce vaste territoire inhabité, nous croisons tout à coup chasseurs aux aguets et saisonniers engagés pour la cueillette de baies sauvages. Sauf quelques promeneurs solitaires, c’est une récolte industrielle. A coup de peignes, les buissons sont minutieusement dépouillés de myrtilles, airelles rouges et mesimarjas. En bord de pistes, les fruits soigneusement triés sont entreposés par cagettes dans des remorques fermées. Autour d’un feu, les « pédipèdes », peu acclimatés à ces contrées, se réchauffent et se restaurent ; cela ressemble à une ambiance de « vendanges nordiques » sans tout le travail de la vigne, la nature généreuse ici s’occupe de tout ! Ces produits de base, dont toute la gastronomie finlandaise en est friande, sont transformés en sirops, liqueur, compotes pour agrémenter mets et desserts.

Notre raid, rythmé par de longues traversées sauvageonnes et d’inattendues rencontres, est entrecoupé par le train-train de vadrouilleurs. Aujourd’hui, c’est une panne mécanique qui coupe notre élan. Une fuite d’essence insidieuse attire notre attention. Après démontage des sièges et ouverture du capot, nous constatons que le 2ème filtre séparateur eau-essence est fissuré. Nous payons là les milliers de km de vibrations sur les pistes russes. Le système est donc ponté pour réparation, ne disposant pas de la pièce de rechange. En prime, l’amortisseur arrière droite nous montre sa mauvaise humeur en laissant pendre ses caoutchoucs antichocs ; le scotch américain fera l’affaire en attendant la cure « wellness » d’après voyage ! Un moindre mal que ces accrocs, quand on pense aux km parcourus et aux contraintes affligées à la mécanique ; une chance de trouver chaque fois le problème et de pouvoir le réparer soi-même.

Sur notre parcours, de nombreux abris de bois aménagés avec goût, cheminée, grill, réserve de bois invitent à une pause. Ces espaces sont plus fréquentés l’hiver lors de sorties en traîneaux chiens ou élans, skidoo ou ski de fond. Par endroit, les pistes finlandaises, fléchées selon les niveaux, sont équipées pour un éclairage hivernal. Le respect, le soin et l’entretien de la forêt et ses abords sont sans égales. Les déboisements, planifiés et organisés par zone, sont basés sur une approche de développement durable, où l’écosystème est privilégié en plaçant la faune et la flore au centre des préoccupations, comme :

          troncs étêtés et dénudés, laissés çà et là, offrent aux oiseaux un perchoir bienvenu à l’abri des carnivores prédateurs, favorisant aussi les déjections de fientes chargées en graines ;

          souches et troncs, oubliés volontairement, forment des terriers et cachettes pour l’hibernation ;

          îlots d’arbres, aux différentes essences, restent élégamment isolés dans ces immenses friches pour faciliter les repousses des nouvelles générations…

          et tant d’autres techniques dont nous ne maîtrisons pas les connaissances…

Attirés comme un aimant, empreinte du dessein de notre raid Russie-Finlande 2018, nous longeons l’ancienne frontière russe marquée par un mur de gigantesques pierres, tels des menhirs, disposées en quinconce sur de longues lignes, obligeant les adversaires à des travaux « herculiens » pour passer ces virtualités toutes humaines. On s’enfouit alors dans une forêt si épaisse que l’on entrevoit aucune lumière, mais que des ombres sombres n’inspirant aucune pause ni autre arrêt imprévu. Impossible d’y pénétrer, juste la place pour le filet d’herbe qui guide nos roues.

Nos WayPoints combinent désormais haltes citadines, randonnées « au vert », visites de musées et parcs, flânerie sur les berges de lacs et pistes insolites entre eaux et terres, comme un signe d’un retour peu à peu à la civilisation et une avancée indéniable Cap Sud.

Khumo, où se concentre, selon les écrits, la plus forte densité de populations d’ours ; arrêt obligé et surtout très passionnant au centre des grands carnivores de Finlande. Découverte de toutes les facettes, en toutes saisons, des habitats, traces et autres indices sur ces prédateurs que sont les ours, gloutons, loups, lynx et aigle royal. Nurmes, été indien pour profiter du marché. Parmi les stands d’artisanats, fleurs, petits fruits, pâtisseries et champignons sont mis à l’honneur. Vallons et petits monts nous emmènent sur la colline de Koli, dominant le lac Pielnen et dévoilant un paysage paisible sur les nombreuses îles. Les petites maisons de bois, perchées sur une crête, illustrent le mode de vie des fermiers caréliens. Lieksa, Joensuu où il fat bon s’arrêter, déambuler dans les rues piétonnes, terrasses et petits marchés. Savonlinna, charmante bourgade construite sur un cordon d’îles, touristique pour son château et sa forteresse dédiés à Saint Olav. Porvoo Borga, aux portes d’Helsinski, ville médiévale aux rues pavées et étroites, tout autour de la cathédrale. Les «marches du diable » vous conduisent dans l’ancien quartier ouvrier, soigneusement préservé, aux entrepôts de couleurs vives.

Toutes de petites villes tranquilles, où pistes cyclables et zones piétonnes donnent le ton ; laissant un trafic automobile anecdotique et peu intrusif.

L’automobile, il faut en parler, que ce soit sur les routes ou dans les villes, une toute autre philosophie que celle que nous vivons chez nous. Fairplay, vitesse réduite, pas de dépassement hasardeux, jamais de coup de klaxon intempestif, sans stress, ni incivilité tout au long des pays 0dans ces pays nordiques, tout come en Russie. Un modèle à exporter…

Nous profitons de la douceur d’automne et prenons notre temps. Aigles royal et grands tétras, coqs de bruyère et leur cour nous surprennent à plusieurs reprises. Majestueux vols planés et envols groupés sous nos yeux avant de disparaître au loin. Courts instants à capter et immortaliser, mais jamais assez lestes pour un cliché les enfermant dans une boîte… Du parterre aux cimes, la ruska pare la nature de teintes allant crescendo du jaune lumineux, à l’orange feu et au rouge flamboyant. Un patchwork de nuances illumine le regard. Bruyères, fougères, mousse, lichen, ronces et herbes folles offrent un tapis moelleux aux résineux, feuillus et autres aulnes, vernes et roseaux qui, à leur tour, se colorent. Les premières feuilles tombent dans un tourbillon de flocons dorés, laissant la sève redescendre dans le tronc et les tiges, se préparant ainsi aux rigueurs du prochain hiver.

Eau, encore de l’eau, que d’eau… fin d’étape finlandaise, la forêt se disperse peu à peu, nos traces aussi, entre campagne, bois, bras de lacs et digues s’étirant et se morcelant en étroites langues de terre cultivées ; terrain de villégiature des grues cendrées sauvages, que nous avons tout loisir d’observer, se pavanant une dernière fois avant l’immigration vers le sud. Elles font partie des trois merveilles de la faune migratrice finlandaise, avec l’oie des moissons et le cygne chanteur. Nos derniers bivouacs enchanteurs en pleine nature sont contrastés par un magnifique passage d’oies des moissons, faisant route plein sud et de nouvelles intruses, que nous ne connaissions guère jusqu’ici. Epargnés en Finlande de l’agression des moustiques, grâce au timing et aux recherches de reliefs adéquats, nous voilà attaqués par des mouches araignées, se catapultant sur nous à la recherche de chaleur, et s’accrochant sur nos bonnets, vestes et chevelures, nous prenant pour des rennes, ours ou autres animaux à fourrure dont elles sucent le sang avant la ponte. L’insecte perd immédiatement ses ailes transparentes et essaient d’atteindre la peau de ses hôtes. Inoffensives pour l’être humain, mis à part des démangeaisons tenaces, rien d’intéressant à surveiller leurs squats sur nous ! Derniers soubresauts et aléas de cette vie au grand nord, dont nous retenons les plus belles partitions.

Difficile de tirer notre révérence à la Finlande, pays qui nous a offert durant plus d’un mois de vagabondage tant de paysages, ambiances, rencontres et pistes au cœur d’une nature sauvage. Une découverte en profondeur, féérique et déconcertante de sérénité. Contact avec la nature que notre vie de citadins nous fait presque oublier. Dans ces environnements, nous reprenons conscience de l’équilibre des éléments naturels où la déstabilisation de l’homme engendre des bouleversements non maîtrisés. Que du bonheur au milieu de ces espaces, tour à tour, vastes et vierges, généreux et élégants, inhospitaliers et rebelles, sources d’énergie et de bien-être. Une expérience hivernale prolongerait ce début de magie… pourquoi pas ?

Laissons derrière nous pistes, forêts et vie de trappeurs pour découvrir sa capitale !


Russie-Finlande 2018 – Laponnie

La route Narvik (Norvège)-Kiruna (Suède), lacet entre deux chaînes montagneuses marquant la frontière des deux pays. Splendide vallée creusée par le longiforme lac Ornetrsak s’étirant tout au long du parcours, au pied de petites stations de ski comme Abisko. Nous enregistrons 530m. et atteignons ainsi le point culminant de notre périple, quelle ironie !

Finland

Pays indépendant, qualifié de discret, quelque peu complexé par rapport à ses voisins expansionnistes, cultive avec fierté sa différence et tranquillité. La Finlande, à qui la 2ème guerre mondiale a coûté cher, l’agression de la Russie lui contraint de céder une grande partie de la Carélie, s’est reconstruite en une flamboyante économie au niveau technologique de qualité inégalée. Les cités et villages ne représentent que 10% du territoire et ne sont de ce fait que la pointe de l’iceberg des immensités naturelles d’eau, de forêts et prairies. A nous de sortir des chemins pour partir à la découverte de ce milieu au cœur des espaces sauvages, tout en sachant que s’il n’y a rien à redouter de l’homme dans ce pays « sécure », il n’en est pas de même de la nature…

Lappland – Laponie

Rien que le mot captive déjà notre imaginaire aux doux souvenirs de contes du pays des trolls et environnements étranges… Notre entrée en Finlande relance nos esprits baroudeurs sur les pistes finnoises. Comme lors de chaque changement de pays, il faut prendre ses marques et ne pas perdre de vue l’ensemble des paramètres qui peuvent vite compliquer le voyage si nous baissons la garde sur certains réflexes et astuces. Dès les premières traces, nous dégonflons les pneus, donnant ainsi plus de souplesse à notre monture pour franchir les obstacles. Nous observons également tous les détails, précieuses indications propres à chaque contrée : balisage ou absence de balisage, faune et flore, nature du terrain, accessibilité des chemins, lecture des cartes, activité humaine ou zone isolée… Autant de critères pour le choix des itinéraires et bivouacs. La patrie du Père Noël, les traîneaux et leurs rennes, les masures en bois aux cheminées fumantes, les pistes étroites en forêts et sous-bois ne sont pas qu’une légende. Même sans neige, la magie laponne opère dès les premiers kilomètres ! Une impression de liberté nous envahit une fois de plus, nous nous perdons volontiers dans ces étendues énigmatiques, tout en gardant une trace sur un éventuel demi-tour. «…Ne demande jamais ton chemin à celui qui sait, tu risquerais de jamais ne pouvoir t’égarer… ».

La forêt, plus clairsemée et vallonnée que sa voisine russe nous offre mille possibilités de traverses off-road et d’étonnants paysages aux reliefs, essences et couleurs variés. Sous ces latitudes, nous sommes au royaume de tous les sports ; pêche, randonnées, canoying et rafting, sports d’hiver. Nous empruntons, par endroit, les pistes de motoneiges, répertoriées sur les cartes au 1:25’000, piquetées et balisées sur le terrain. Etroits passages où la végétation frotte notre carrosserie, coupent dans les lits de rivières, ressurgissent sur un haut-plateau (450-530m.) avant de s’engouffrer à nouveau en sous-bois. Il n’est pas difficile d’imaginer la frénésie hivernale de ces bolides des neiges surfant sur les vagues planes et blanches aux décors givrés !

15 août, nous nous réveillons de 4 jours de pluie, blizzard et froid. La nature présente aussi un tout nouveau visage et a commencé sa mue d’automne, la ruska. L’été est effectivement très court, comme on nous l’a expliqué, à peine un mois et demi selon les années. Quels exploits et quelle énergie, la végétation doit-elle déployer pour accélérer ainsi son processus de maturité, cycle qui prend chez nous le double de temps ? Question à laquelle nous n’y avons jamais pensé, nous répond une habitante, cela nous paraît si naturel ! Peut-être que le jour perpétuel de 3 mois y contribue ; élément que l’on pourra approfondir à notre retour… La météo et ses contraintes prennent une grande place dans nos récits, loin de l’idée de nous en plaindre, mais ces données influencent considérablement notre mode d’itinérance, principalement à l’extérieur. Mi-août, les touristes et les moustiques désertent la Laponie, les premières nuits glaciales se font ressentir, les bruines automnales et la brise fraîche ne freinent pas l’enthousiasme des Finlandais d’apprécier une belle grande glace, alors que nous rêvons de chocolat chaud !

Nos pistes longent d’immenses enclos pour rennes, domaines également répertoriés sur les cartes. Il est possible de les traverser par endroit, à condition de bien refermer les clôtures derrière nous. Sur les plus grandes exploitations, des installations d’alarmes sonores et stridentes nous surprennent, mais avertissent les animaux, afin que chaque troupeau reste sur son pâturage attitré. Musée de l’or et ses dérivés d’artisanats, souvenirs et expositions font la réputation de cette région aurifère, organisée et équipée autrefois en villages de chercheurs d’or. Aujourd’hui, des passionnés perpétuent ces traditions pour leur plus grand plaisir. Comme ce sympathique couple, occupant leurs étés, depuis plus de 20 ans, avec leur hobby de rêve d’enfants. Et ils en trouvent de l’or, à voir les pépites au fond de leurs plateaux d’affinage ; grand bac où le chercheur fait jouer subtilement l’eau avec la matière pour séparer le limon de l’or et les précieux colliers et ornements qu’ils confectionnent l’hiver. Sympathique fin d’après-midi à échanger sur nos passions respectives. « …Savez-vous qu’il y a des ours dans cette forêt, me demande t’elle. Oui, nous savons qu’il faut être vigilants, en voyez-vous souvent ? Hochement de tête, rire, puis parfois me dit-elle, et elle rajoute comme pour nous rassurer « les ours vous voient, mais vous vous ne les voyez pas ! … ». Pas très rassurant, étrange sensation que de se savoir observer de si près ! Nous parlons de la pluie et du beau temps, bien sûr ! Ils nous rendent attentifs au fait que l’automne les rennes peuvent être agressifs, voire attaquer, car stressés de se constituer assez de réserves pour l’hiver.

Belle éclaircie ce matin, nous décidons donc d’en profiter et de trouver rapidement un joli emplacement. Pas le temps de tourner les talons, que nous soupçonnons une fuite sournoise à un pneu. Et voilà de quoi nous occuper sous ce soleil radieux. Plus de chance que les deux fois précédentes, nous trouvons facilement l’entaille et pouvons réparer la chambre à air et remonter la roue. Splendide fin de journée d’automne à déguster les myrtilles, surprendre un renard arctique lors d’une ballade, lancer les paris sur pronostics météo et tout simplement écouter le silence bercé par la mélodie des pinsons des arbres et des pouillots.

Notre itinéraire, cap à l’est longe la frontière russe, comme pour boucler une boucle commencée il y a 3 mois. Après 5’000km et 45 jours de vadrouille au nord du cercle polaire, nous quittons la latitude 66033’00’’, laissant derrière nous 100 jours de nuits blanches. Le jour perpétuel se raccourcit, le crépuscule s’installant tout en douceur pour une nouvelle saison.


Russie-Finlande – Escapade norvegienne

NORVEGE

Nous profitons d’un break en Norvège, moins éprouvant que sur les pistes russes, nous l’espérons. Nous n’échappons pas aux dures lois de la nature qui dictent nos choix et boudons donc volontairement la Laponie et ses forêts pour l’instant, avant de revenir en Finlande pour poursuivre notre raid au fil des traces 4×4. Intermède de plaisance sur la côte nord découpée en chapelets de presqu’îles dentelées bordant les mers de Barence et du Nord. Au-delà du cercle arctique, nous partons à la conquête des Vikings sur les terres des Samis. Le contraste avec la Russie est flagrant à tout niveau ; état des routes, ambiance touristique avec ses hordes de camping-cars, coût de la vie sextuplé (aussi cher que la Suisse, voire plus), autre qualité de vie; mais une constante nous réjouit, gentillesse, tranquillité, sécurité, espaces naturels à perte de vue, caprices de la météo qui flirtent entre « chaud-froid-torride-pluvieux » …

Ce Nord-est norvégien est enclavé entre la Russie, Finlande et Suède, ce qui rend les populations très discrètes, tout en étant ouvertes sur l’extérieur. De mer en mer, de port en cap, de presqu’île en île, de relief côtier aux chaînes montagneuses, les routes, ponts, tunnels et ferries contournent les fjords et se faufilent dans de majestueux décors. Ambiance feutrée, marquée par le jour perpétuel. Entre Kirkeness (frontière Russie-Norvège) et Alta, aucune ville à des km2, mais de minuscules villages côtiers ou aires de villégiatures. Les équipements motorisés trônant devant les maisons, jeeps affublées de cannes à pêche de rigueur, quads, motoneiges, fraiseuses, bateaux et camping cars, ou plus chic encore hydravions, démontrent en un coup d’œil une facette de la vie où le transport occupe une large part et le froid et la nuit règnent en maître 7 mois par année. Nous jouons les « vrais touristes » à la rencontre des premiers rennes et élans, ne sachant pas que des troupeaux entiers nous accompagneront tout au long de nos chemins et bivouacs. Les reliefs aux contrastes variés où prédomine la roche tapissée de lichen et de baies offrent un spectacle féérique à chaque détour. Nos regards ne se lassent pas d’admirer ces explosions géologiques de monts dénudés flanqués dans la mer ou enfermés dans un cirque de lacs glaciaires. Il n’est pas rare de passer sur des tronçons indiqués « Wegbom », ouverts normalement l’été, mais organisés pour la saison hivernale -barrières et affichage d’horaires stricts à suivre- pour des trajets en convoi, accompagnant et sécurisant ainsi les véhicules sous ces pans ravinés enneigés et glacés.

Alta et sa cathédrale arctique à l’architecture novatrice, sympathique petite bourgade avec son marché sur la rue piétonne.

Les sauts d’humeur d’une météo versatile naviguent entre 4-5 averses par jour, pas plus de 100, puis de belles journées « tropicales », aux dires des habitants, le thermomètre grimpe jusqu’à 29°, il faut en profiter ! Plantons un camp de base sur un sommet surplombant le fjord ; un petit coin de paradis ! Le lendemain, sac au dos nous partons pour une ballade « de santé » dans ces belles montagnes. Premier passage dans un tunnel obscur, humide où une odeur nauséabonde et un sol glissant nous surprennent ! Rien de plus normal, nous empruntons l’abri des rennes qui cherchent de la fraîcheur. Nous éviterons le tunnel au retour, pensons-nous… Ce n’était que le début d’une épopée cauchemardesque. A la sortie, 2 troupeaux de rennes nous accueillent, heureusement leur caractère farouche et craintif les pousse à s’enfuir devant nous. Mais oh surprise, il n’y a pas de sentier pédestre mais qu’une seule route abrupte qui nous forcerait à faire un détour de plusieurs dizaines de km. Ce n’était pas le bon choix et nous sommes contraints de repasser par le tunnel. C’est sans compter sur nos amis quadrupèdes qui campent à l’autre bout. Les appels et gestes du bon berger gruyéren nous sortent de cette impasse. Retour à la case départ, nous grimpons alors dans les prés, sur les sentiers des rennes. Le chemin est agréable, la vue imprenable, le soleil inébranlable ! Mais une fois de plus, nous sommes rattrapés par notre ignorance de l’environnement régional, n’ayant pas pris en compte la nuée de mouches « collantes » ayant choisi le même itinéraire que nous ! Impossible de s’en défaire, pire encore si nous nous arrêtons. Tant bien que mal, nous atteignons le sommet, mais devons sacrifier notre pause pique-nique et redescendre au plus vite. Nous nous posions la question pourquoi il n’y avait pas plus de sentiers balisés, nous avons vécu une partie de la réponse. C’est tout de même en harmonie avec les rennes, qui viennent de temps en temps encercler notre bivouac, que nous profitons de cette halte champêtre.

L’itinéraire jusqu’à Trosmo est des plus féérique. Un défilé de sommets (1200-1400m.) coiffés de glaciers et neiges éternelles laissent miroiter leurs pans vertigineux directement dans l’eau glacée des fjords. Quel plaisir d’apercevoir phoque et dauphins se prélassant dans cette mer turquoise au fond clair !

Tromso, l’île c’est la ville ! petite île citadine, accrochée au continent par des ponts et un téléphérique. Joyau du nord, la plus septentrionale des grandes villes de Norvège, où il fait nuit du 21 octobre au 21 janvier. Rues piétonnes, places et port où il fait bon flâner. Atmosphère paisible, rythme lent comme si l’on voulait suspendre le temps et rallonger la saison estivale. Tromso nous surprendra jusqu’au départ, lorsque nous devons emprunter un tunnel, vrai labyrinthe avec ces 2 immenses ronds-points souterrains, la 1ère pour nous !

Fin juillet et déjà le tapis naturel des prairies et la mousse des sous-bois commencent à prendre des couleurs ocres ; alors que les baies myrtilles, airelles genièvre, mûres et framboises sauvages, gourmandises de la faune locale, commencent juste à mûrir. Nous observons qu’ici 300-400m. correspond, selon nous, à nos altitudes de 1500-2500, du point de vue « naturaliste » et climatique.

Plus difficiles à dénicher du fait de l’exiguïté des places et d’une plus grande densité de maisons fermés par des barrières et chemins privés, nos bivouacs vont de surprises en surprises, jetée sur un bras de mer à observer les mouettes arctiques se disputant, avec brouhaha de cours de récréation, les bancs de poissons laissés par la levée de filets ; bord de rivière où nous profitons de nous rafraîchir l’après-midi, avant de nous faire déloger le soir par deux soldats, armes au point, nous informant que nous sommes en zone militaire (base avancée de l’OTAN) ! effectivement, nous étions encore à 3m. du panneau « FORBUD »; place de parc de secours juste pour la nuit ; face à la mer, piton rocheux par un chemin caillouteux et spongieux, tranquillité écourtée par un bus 4×4 au chauffeur sûr de sa monture s’embarquant sans réfléchir sur cette plage de galets, qu’il a fallu treuiller pour aider à ressortir de ses sillons…

 

Iles Lofoten et Vesterlän

Réplique en miniature des panoramas et reliefs du littoral du grand Nord norvégien, avec en plus le cachet exotique d’un voyage insulaire. Murs de montagnes imposantes masquant par moment les contours interminables des côtes au-delà de l’horizon. Paysages invitant à la rêvasserie et l’évasion, laissant sous la brume imaginer des tableaux aux formes rocheuses mystérieuses sur fond marin voluptueux. La topographie crée par cet ensemble d’îles des sensations extrêmes et oblige les visiteurs à serpenter de façon détaillée s’ils désirent percevoir toute sa magie. Impossible de tout décrire, tant le site recèle de merveilleux trésors. Point orgue en apothéose en quittant ces verticales entre mer et ciel, où aucun obstacle ne vient gêner le regard !

Nous entendons parler de canicule dans toute l’Europe centrale ; décalage alors qu’ici au-delà du cercle polaire nous guettons le moindre coin de ciel bleu réchauffant l’air perpétuellement « frileux » et bénéficions de très peu de journées ensoleillées successives !

Retour par le ferry sur le continent ; quelques pistes en Suède avant notre prochain rendez-vous en Finlande pour la reprise de notre raid.

Nord Norway, plus qu’un coup de cœur, un havre de paix et de Beautés ! Pays où nous pourrions envisager vivre et qui nous exalte aussi de découvrir en hiver …