Islande Decouverte

Terre d’eau, de feu et de glace

Hveravellir, Geysir, Landmannalaugar,… des terres d’eau et de feu, sites où l’activité géothermique se caractérise par les sources chaudes, mares de boues bouillonnantes gracieusement auréolées de cercles de minéraux colorés, fumerolles sulfureuses et geysers ; vésuves dont certains jaillissent toutes les 3-5 ‘ et jusqu’à 40m. Ces zones produisent de la chaleur naturelle utilisée pour les chauffages des maisons, piscines, lieux publics, trottoirs, industries et serres de cultures, rendant ainsi le pays pratiquement autonome en termes de produits frais et même fruts et légumes exotiques !

Nous quittons Gullfoss, la chute d’or et Geysir par la F337, sacrée montée à arpenter les courbes de niveau serrées sur plus de 5 km. Point de vue sur la plaine de Laugarvatn et Pingvellir, avant de replonger à nouveau au cœur des montagnes volcaniques, pans de roches, failles et langues glaciaires tout autour. Piste de caractère à donner le vertige. Laissant derrière nous les Highlands, côté nord, nous filons à travers la coulée millénaire de Surtshelli, qui a façonné une large étendue sur plus de 20km de long, recouverte d’une épaisse couche de lichen; champ bosselé couleur vert de gris. Spectaculaire évasion qui n’a eu cesse de nous émerveiller.

Les nombreuses cascades fondues dans le paysage caractérisent la jeunesse de la géologie islandaise. Véritables chutes soltaires ou à plusieurs ruisselements, coincées entre les failles tectoniques ou impressionnants rideaux d’eau terminant leur course dans les longs canyons creusés par les flots, ou alors celles plus discrètes surgissant d’une large plaine. Les cascades fascinent toujours par la puissance et le bruit torrentiel qui s’y dégagent. Les embruns de perles d’eau soufflées à des centaines de mètres, rendent la végétation alentours d’un vert lumineux. La roche, lavée par l’eau, est sculptée par endroit d’orgues basaltes « parfaites » tapissant la roche ; impressionnants tubes de pierres lissées, symétriquement découpés et rangés le long des falaises.

Dans certanes régions moins reculées, le relief prend un peu de hauteur et est teinté de toute une gamme de vert, contrastant avec les tons plus ternes et uniformes des déserts. A l’arrivée des Vikings, la forêt islandaise recouvrait le 25% de l’île, puis elle s’est réduite à 1%. Un vaste programme de reboisement, depuis 20 ans, redessine le paysage par des zones vertes de sapins, trembles, broussaille, champs de lupins, bleus, en plene floraison, et bouleaux tortueux dont les feuilles chétives côté vent se sont sacrifiées pour laisser survivre le plan. Domaines protégés des dents des moutons; alors que chez nous les clôtures les empêchent de sortir de leur pâturage, ici elles leur interdisent d’y entrer ! Les fermiers islandais se sont fortement engagés pour gérer la reforestation, activité parallèle compensant la forte baisse de l’élevage du mouton.

Snaefellesnes, fjord ouest qui nous réserve bien des surprises. Péninsule filiforme découpée et battue par les courants venant de toute part fût le point de départ des héros de Jules Verne. Nos roues filent entre cratères et glaciers, nous ramenant au bord des falaises et îles aux oiseaux. Connue pour la variété des espèces et la richesse avifaune, dont la mouette trdactyle et le goéland, la balade s’embellit si, avec de la chance et par beau temps, le détour permet d’approcher les colonies de phoques au large d’Ytrigarbar. Pas si loufoques ces pinnipèdes qui se prêtent au jeu de la pose photos ou s’entraînent aux pirouettes dans l’eau gagnée par les algues mortes, gros cailloux et rejet de l’océan, dont l’odeur nauséabonde et le terrain glissant sont le prix à payer pour arriver au spot d’observation.

Nous tentons une chevauchée épique, pour une traversée Nord-Sud du fjord, suivant la rivière Langà. Depuis Tunga (N), superbe trace effleurant le mont, qui nous fait rapidement de la résistance au niveau d’un pierrier à dévers rejoignant le sommet. Partis à pied en reconnaissance, plus nous montons, moins nous entrevoyons la sortie et plus la voie devient étroite. Tout indique qu’aujourd’hui, seuls les quads et chevaux profitent encore de ce passage. Nous l’abordons donc quelques jours plus tard par le sud, par la vallée du Dengigafjoll où court toujours la Langà, terrain de jeu des saumons qui peuvent remonter la rivière jusqu’à 100km, aidés aux endroits les plus escarpés par des échelles aménagées. C’est un chemin de montagne qui grimpe et contourne les monts, comme nous les connaissons dans les Alpes, sauf qu’ici l’accès à ces immensités n’est pas interdit. Le brouillard rend encore la vue plus mystique. Sans savoir si nous pourrons faire toute la boucle, nous poursuivons prudemment. Après une première partie escarpée, c’est un tronçon peu marqué qui nous oblige à longer le bord d’un lac, les roues mouillées dans le sable noir, pour contourner les ravines ayant définitivement effacé l’ancien chemin muletier. Enfin, nous retrouvons la piste et terminons ce tour dans un panorama magique. Tout au long du parcours, nous rencontrons des randonneurs équestres, accompagnés par des hordes de chevaux sauvages. Par sa taille moyenne, 1.45m au garrot, le cheval islandais, reste rustique, robuste et supporte très bien le froid. Ce type de balade devient de plus en plus prisée par les touristes, découvrant ainsi les endroits reculés et solitaires, pouvant profiter des « huts », refuges, sur les itinéraires.

Le retour vers l’Est nous vaut le mérite d’idylliques parcours, flirtant encore et encore entre langues glaciaires, vallées lovées dans le sable entre canyons et lits de rivières aux panoramas grandioses que nous aurons du mal à quitter. Nous laissons derrière nous les plaines du large fleuve Pjorsa, surplombées du Mont Hekla, volcan le plus actif d’Islande (18ème éruption en 1991), toujours très attentivement surveillé. Landmannalaugar, ensemble de formations montagneuses de « rhyolite » vivement colorées. Cette région, une des plus visitées d’Islande, rassemble à elle seule toutes les particularités géologiques du pays. Laugar signifiant source chaude, ce site a une forte activité géothermique; la rivière d’eau chaude qui le parcourt permet la baignade. Un break reposant, ressourçant dans ces vallées de fumerolles, couleur ocre de phosphate, qui succèdent au vert velouté lumineux. Nous croisons plus de voyageurs dans cette partie sud de l’île. Leurs préoccupations principales restent la hauteur des gués et leur franchissement ? Chacun anime les discussions de photos et anecdotes, relatant leurs passages périlleux et exploits fraîchement vécus.

Lakagigar, l’éruption fissurale de 1873 rappelle encore une histoire tristement éprouvante qui a rasé toute une région de par sa puissance et la durée du phénomène volcanique. Les feux au Laki, des séismes et coulées de magma d’intensité croissante durant plus d’une année laissent derrière eux une faille de 25 km et plus de 135 cratères, dessinant une vision lunaire. Apparence encore surréaliste aujourd’hui dans le cœur de cette immense zone d’explosion géologique Une sensation d’abandon et d’impuissance mêlée à une certaine fascination et émerveillement face à ce boom gigantesque ! Dernière piste de notre raid islandais qui marquera nos esprits encore longtemps, tant les émotions vécues sont ancrées en souvenirs inoubliables.

Les haltes sur le Ring 1 du retour nous retiennent encore, comme pour retarder le départ. Route côtière, à flans les momtagnes de sable, en contrebas des hauts murs de glace et séracs du Vatnajokull, dont les langues plongeaient encore, il y a peu, directement dans l’océan. Aujourd’hui, devant la moraine grise, de petits lacs accueillent les derniers icebergs, moins imposants qu’auparvant, En effet, ces gros blocs de neige ont perdu quelque peu de leur éclat. Le bleuté de froid et la transparence de pureté s’amenuisent par leur dérive toujours plus longue.

Les premières sensations de fascination à notre arrivée se sont révélées crescendo de jour en jour. Il n’y a pas de spectacle plus imposant que ces beautés virginales, ces espaces de silence, ces immensités désertes émergeant de paysages ensorcelants et curieux. Reste à savoir si nous retrouverons un jour de telles empreintes d’un périple magiquement surprenant. Ce voyage au coeur de l’Islande nous a définitivement conquis !