Iceland – Highlands’Tracks

La traversée en ferry ne restera pas dans les meilleurs souvenirs. Après s’être fait chahutés pendant plus de 30 heures, jusqu’aux Iles Ferroe, nous aprécions enfin de reposer pied sur terre ferme ; nous n’avons définitivement pas le pied marin. Fidèle à nos souvenirs, c’est un temps automnal qui nous accueille et qui nous met tout de suite en conditions. Premiers approvisionnements (eau, essence et ravitaillement) à Egilsstadir, centre névralgique après le débarquement où nous recroisons les amis voyageurs rencontrés sur le bateau, tous excités de l’aventure islandaise qui commence.

Ere tertiaire (Milocène), une jeune terre émerge. Moins de 12 milions d’années, l’île aux volcans naît des forces telluriques qui repoussent les continents. L’Islande est façonnée par des phénomènes naturels, alors que les 4 éléments, la terre, l’eau, l’air et le feu se heurtent et marquent cette nouvelle planète d’empreintes géologiques. Notions certes étudiées dans nos manuels scolaires, mais quoi de mieux qu’une expertise sur le terrain ? Il n’existe pas de mots pour traduire l’impression ressentie au prmier contact de la nature qui nous accueille, sachant que depuis sa naissance, l’Islande ne cesse de se transformer du fait d’une activité naturelle permanente.

Nous nous aventurons au hasard des pistes, en gardant à l’esprit, qu’il fût un âge où il n’y avait rien, point de terre, ni de ciel. « Ici, la nature procède géométriquement et travaille à la manière humaine, comme si elle eût manié l’équerre, le compas et le fil à plomb », J. Verne, Voyage au centre de la terre.

Nous nous familiarisons rapidement avec les termes des panneaux, qui seront de précieux repères sur le terrain, fljot (rivière), foss (cascade), vatn (lac), jokull (glaciers), hus (refuge)… Première immersion sur les hauts plateaux d’herbe rase ; la trace empruntée se fait de plus en plus timide et disparaît soudain. Une alignée d’ancestrales stèles nous indiquent les caps à suivre, sans trop s’éloigner dans des terrains hostiles. L’eau du dégel peut vite devenir traite sous nos roues. Des canards sauvages et espèces de bruants d’hiver jacassent à notre passage et s’envolent à tire d’ailes, laissant quelques moutons esseulés abrités sous de grosses mottes de terre. Ce seront nos seuls voisins durant plus de 8 jours dans les higlands. Une large plaine où paraissent de longs méandres bordés de mousse verte, seule couleur dans ces espaces où les subtiles nuances de bruns, gris et noirs suffisent pour brosser le tableau, nous mène au Mont Snaeffel . Planté majesteusement au pied du Eyjabakkajoküll, face nord du Vatnajoküll ou glacier des Eaux (8’300 km2) lui-même composés de 7 langues glaciaires. Quel spectacle ce cirque de monts enneigés et murs de glace s’imposant tel un rempart ne laissant aucun passage. Balade jusqu’au glacier à observer les marqueurs indiquant le recul son recul depuis 1945. C’est un fait que le phénomène s’est accéléré depuis les années 90, mais nous constatons aussi qu’entre 2014 et 2015, le glacier a avancé. Un bivouac s’impose dans ce décor magique, avec comme panorama une mer de neiges éternelles au soleil couchant.

Journée éprouvante, comme celle que nous appréhendons lors de nos préiples solitaires. Dès le matin, l’ordinateur de bord, précieuse aide lorsque que nous pouvons nous fier qu’aux points GPS, refuse de s’allumer. Petite réparation « course », ça a l’air de fonctionner ! Puis, quelques km seulement après ce début de journée, un gros bruit suivi d’une vive secousse à l’arrière du Pinz nous surprennent. Sans avoir le temps de réagir, nous apercevons que la roue arrière droite qui s’est désolidariée du véhicule finit sa course folle dans le fossé devant nous ! Pas besoin de commenter nos réactions ! Après avoir pu récupérer la roue, non sans peine, elle est vite remontée. Quant à moi, bravant un vent à 100km/h, je pars chercher les boulons éparpillés sur 2 km de gravillon ; j’en retrouve 3 sur 5, c’est déjà ça. La frayeur passée, cet épisode reste pour nous enexplicable, sachant que nous avons déjà parcouru plus de 5’000 km depuis notre départ, et que ce type d’incident peut se produire après le montage de la roue, soit pas loin du lieu de maintenance ! Leçon d’humilité, alors qu’il nous arriver de penser que cela ne pouvait jamais arriver. Quelque peu ébahis par la mésaventure, nous roulons toute la journée dans un désert de gravier qui, malgré la monotonie, offre un paysage d’immensité au milieu de nulle part. Pour clôturer la journée, le chauffage qui fait de la résistance. Paradoxalement, dans cet atomosphère hivernale, c’est lui qui a pris un coup de chaud et ne s’allume que par soubresauts, nous laissant pour ce soir dans une ambiance frileuse.

Nos traces filent vers Kverkjfoll, puis Askja, la piste est tracée sur la lave émise par le volacan effondré en 1961. Passages cassants sur les plaques durcies, puis tout en douceur dans une poudre de cendre blanche, formée de mille petites pierres ponces, rendues si légères car pleines de bulles d’air. C’est ici que se sont entraînés les premiers marcheurs sur la lune, le sol et la pression atmosphérique présentant un terrain propice. Le vent a sculpté des vagues de sable blanc et noir et lustré les roches éparses. Spectacle surnaturelle, ambiance envoûtée. LeViti, appelé la porte de l’enfer, cratère dans le cratère renferme 2 petits lacs bleu et vert, où il est possible de s’y baigner (25-30°) à condition de bien vouloir assurer la descente périlleuse contre les parois friables et de supporter la forte odeur de s’ouvre qui s’y dégage. Nous poursuivons l’itinéraire off road que nous avons dessiné. Au sud d’Askja, la trace nous vaut le privilège de découvrir le champ de la dernière éruption Holuhraun; un des plus grands volcan depuis 230 ans. Juillet 2014, une période volcanique commence d’abord sous la calotte glacière du Dyugjujoküll, autre langue glacière du Vatnajoküll. Par une fissure, le magma atteint la surface et l’activité dure 6 mois, laissant la lave « dégeuler » sur une surface grande comme la ville de Paris (85 km2), pour atteindre une épaisseur de 40 m. par endroit. L’éruption a déchargé près de 11 mio de tonnes de SO2, gaz qui aurait pu avoir des effets néfastes à grande échelle sur la nature environnante. Fort heureusement, le vent et l’hiver ont dissipé et atténué ces craintes. Le visage du Sud d’Askja a complètement changé depuis cet événement.

La traversée de ce désert volcanique illustre l’essentiel de nos traces islandaises qui se déroulent principalement dans des cratères de plus de 150 km2 de diamètre, cirque de montagnes, monts, cônes alluviens, barres de roches, strato-volcans, formant d’immenses lacs l’automne et le printemps, un champ de neige l’hiver et des cuvettes, terrains de jeu pour 4×4, l’été. Nous roulons d’abord dans un vaste désert de sable très fin, qui freine nos roues donnant l’impresson d’évoluer dans la neige. Cendres soufflées à des dizaines de km de la coulée, tapissant de noir une vaste plaine. Puis, plus nous nous approchons du volcan, nous devons trouver une trace entre les milliers de rocks aux formes étranges, morceaux de lave explosée, catapultés dans les airs. Enfin, nous atteignons le mur de lave noire, véritable barrière à perte de vue. Difficile de transcrire les émotions ressenties devant une scène surnaturelle, si gigantesque, nous rappelant notre fragilité et petitesse face à un tel soulèvement de la nature.

Selon l’ancienneté des coulées de lave, la végétation ne se recolonise que très lentement dans ce chaos. L’eau s’infiltre difficilement, le vent apporte peu à peu les éléments nécessaires à une nouvelle vie végétale, le lichen essentiellement, ceci des dizaines (voire centaines) d’années plus tard.

Après une semaine de vadrouille dans la caillasse, nous retrouvons peu à peu, en arrivant dans la région de Myvatn, des prairies vertes, parsemées timidement de touches colorées de thym arctique, boules de silène et bouquets de dyrades à 8 pétales. Myvatn, site géologique qui abrite une faune et une flore très variée. Le lac, véritable joyau, noyé par de nombreux petits cratères flottant tels de petites îlettes vertes.

Nous prenons le temps pour faire le point, le plein d’essence, d’eau et de ravitaillement, sans oublier quelques bricolages pour réparer définitivement le chauffage et abattre notre dernière carte pour retrouver un semblant d’informatique, le PC ayant définitivement rendu l’âme. Break dans un secteur plus touristique, nous flânons à Godafoss, qui selon la légende, la cascade se divisa en 3 parties après que le « godir », chef du district, jetadans la cascade les représentations des anciennes divinités déclarant ainsi l’Islande catholique en l’an 1000; d’où le nom de Chute des Dieux. Il fait un temps agréablement doux et ensoleillé depuis 3 jours (14-17°, nous profitions même des terrasses à Akureyri, capitale de l’Islande du Nord, pause au jardin botanique recensant plus de 2’500 plantes islandaises vivant sur les hautes latitudes et flânerie dans la rue piétonne, surpris à manger une glace.