Highlands, encore et encore

Au quotidien, au-delà des pistes, au-delà des horizons, au-delà des jours perpétuels. Quoi de plus aisé en Islande que de s’isoler hors de la route nationale 1, qui fait le tour de l’île et le plaisir des touristes qui n’ont pas le privilège d’avoir un véhicule tout-terrain. Notre mode de déplacement et d’autonomie nous permet de profiter égoïstement des immensités désertes, libres de toute activité humaine. Que de plaines, déserts, champs de laves, canyons et rivères sauvages à longer, traverser, par des itinéraires que nous prenons soin de tracer et redessiner chaque jour, sur mesure. Aucune contrainte temps, nous nous arrêtons au gré de nos envies et des décors, inspirant de sympathiques balades, bivouacs, et moments récréatifs. Les règles plus strictes ces dernières années n’autorisent plus de sortir des pistes ou de bivouaquer dans les parcs nationaux, sauf si notre chemin se trouve à plus d’1 heure d’un refuge ou camping. Ces restrictions, dues au tourisme de masse accru (1,8 mio de touristes sur 3 mois, pour 380’000 Islandais) et à un souci de préservation de l’environnement, ne nous pénalisent guère pour dénicher de merveilleux coins pour d’agréables soirées. Si le vent ou les volatiles, bien que dociles mais « collants » présents lorsque la bise fait grève, nous confinent dans notre loft, nous profitons de belles éclaircies, abrités contre le véhicule, et de tous les bienfaits de campeurs en plein air. Le plus, lorsque nous sommes au bord d’une rivière, bénéficiant alors des services 4**** d’une salle de bain privative, coin vaisselle et même lavoir !

Nous quittons les pistes, malgré nous, chaque 8-10 jpurs, pour tout ravitaillement, essence, eau et provisions ou pour visiter les incontournables sites géologiques.

S’il est fréquent de perdre les traces, volées par endroit par les trolls et les elfes, la plus grande difficulté est indéniablement le passage des gués. Nombreux torrents dont le débit et la profondeur varient selon leur nature, la saison, la météo, voire même en cours de journée. Rivières glaciaires chargées de sédiments, connues pour une traversée rendue périlleuse par les pierres saillantes et les trous d’eau invisibles tant les remous sont forts. Plus aisés à remonter ou traverser, les lits de rivières (> 70 cm de ht) à l’eau translucidement froide nous indiquant où nous posons nos roues. Dans tous les cas, ces traversées doivent toujours être attentivement observées et analysées, quitte à faire demi-tour si le danger paraît trop important. Nos origines montagnardes nous rendent d’autant plus fébriles, sachant que le milieu humide n’est pas notre vocation première !

Rencontre, rarement, de 4x4tistes, vététistes ou marcheurs avec qui nous passons de sympathiques moments à échanger nos expériences. Plus chanceux que nous, ces deux jeunes, traversant le pays du Nord au Sud, sacs au dos, qui ont filmé un renard arctique dans le désert. Une récompense bien méritée, comme ils nous disent, compensant les conditions extrêmes et austères d’une telle expédition, que nous ne pouvons qu’admirer !

Point météo, domaine où nous nous sentons largués, nul besoin de prévisions ! Par la présence de 2 courants, l’un polaire venant du Groenland et l’autre chaud du Golf Stream, le temps change décidément vite, et ceci plusieurs fois par jour. La météo bascule invariablement, pluies au sud beau au Nord, beau au Nord pluies au Sud… Cet effet balançoire est encore accentué par la force des vents couvrant cette région arctique. De manière générale, un « fort mistral nordique » omniprésent brasse l’air et ne fait qu’à sa tête. Alors que le ciel bas, chargé de gros nuages gris, annonce une pluie certaine, voilà que d’un coup de vent tempêtueux, les gros cumulus sont balayés pour laisser place à un coin de ciel bleu, juste le temps d’en profiter avant de devoir nous mettre à l’abri d’une averse furtive. Il nous faut faire preuve de 1000 astuces pour défier les Dieux Eoles et implorer Râ. Ceci dit, nous avons bénéficié ce mois de juillet de journées agréablement douces (15-18°), intercalées de périodes plus hivernales sur les hauts plateaux désertiques (7-11°). Point d’orgue des jours perpétuellement clairs, une sensation de la liberté sans fin.

Nous nous détournons de la F35, chenin 4×4 transformé en « tôle ondulée » par le passage incessant des voiturettes et autres cars chargés de patibulaires en recherche d’aventure, et rejoignons le coeur de l’Islande par d’interminables fonds de vallées, longeant plateaux, lacs et lits de rivières, que nous aprécions remonter pour autant que nous entrevoyons la sortie. Coincées entre les deux glaciers Hofsjokjüll et Langjoküll, le désert de Kjolur nous offre une nouvelle région à explorer. La boucle du Kerlingarfjoll est l’une des plus majestueuse pour ses panoramas grandioses et les reliefs variés, mais également la plus malicieuse pour nous orienter. Et que dire de cette longue descente à flan de collines de sable noir, tel un tobogan géant, surprenante glissade jusque dans le lit du fleuve ! Et à nouveau déserts de sable, gravillons, rocs, lave, flocons de cendres…. Si cela paraît se ressembler sans fin, rien n’est jamais pareil à l’horizon de chaque détour. Alors que nous nous attendons pas, surgissent de mystérieuses cascades, inconnues des guides touristiques, ce qui fait de chaque journée une nouvelle aventure